Vers de si hautes joies

J’appris ce qui sépare la détresse de la mélancolie, et la sécheresse de la sérénité ; j’appris les hésitations du coeur, ses délires, l’éclat des grands renoncements et les murmures souterrains de l’espoir. Je m’exaltais, comme aux soirs où, derrière des collines bleues, je contemplais le ciel mouvant ; j’étais le paysage et le regard : je n’existais que par moi, et pour moi. Je me félicitai à un exil qui m’avait chassé vers de si hautes joies ; je méprisai ceux qui les ignoraient et je m’étonnai d’avoir pu si longtemps vivre sans elles.

Simone de Beauvoir (Mémoires d’une jeune fille rangée)

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