L’esprit

Pourtant, la vie est supportable, la vie a de bons moments. Lundi est escorté par mardi, puis mercredi leur succède. L’esprit s’élargit d’année en année comme le tronc d’un chêne; le sentiment du moi se fortifie ; la douleur même se fond dans la sensation de cette continuelle croissance. Les soupapes de l’esprit s’ouvrent et se ferment sans cesse avec une précision musicale de plus en plus parfaite; la hâte fébrile de la jeunesse trouve son emploi, et tout l’être semble manœuvrer avec la perfection d’un mécanisme d’horloge. Avec quelle rapidité le flot nous porte de janvier à décembre. Nous sommes entrainés par le torrent des choses ; et ces choses nous sont devenues si familières que nous n’apercevons pas leur ombre. Nous flottons sur la surface du fleuve.

Virginia Woolf

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