“Mieux vaut être seul que mal accompagné“, disait au XVe siècle Pierre Gringoire. Cette parole devenue proverbiale est loin d’être suivie et le monde moderne, empli de technologies et vide de chaleur humaine, pousse plutôt à rechercher un nid de tendresse ou l’appui d’un groupe. “Tout plutôt que d’être seul” serait la devise actuelle. C’est le début de la lâcheté, de la compromission. Le principal défaut de toute vie collective tient à la considérable déperdition d’énergie qu’elle induit, avec le gâchis de temps qui s’ensuit. Chaque individu perd en intensité ce qu’il acquiert en sécurité. Et cela vaut pour l’habituelle vie de famille, réconfortante et épuisante.
Jacqueline Kelen
Catégorie : Citations
Présence physique
Il y a des êtres qui, de dos, nous promettent un secret. Leur nuque, leurs reins, leurs omoplates ont tellement de présence qu’ils nous remplissent d’appréhension. Lorsqu’ils se retournent, ils nous font vivre un coup de théâtre, avec ses risques : risque que nous soyons enthousiasmés, risque que nous soyons déçus.
Eric-Emmanuel Schmitt
Ces rides
J’aime les rides qui se sont formées autour de sa bouche et de ses yeux. Je sais qu’elle les déteste moi elles me rassurent. C’est notre vie à tous les deux que je lis sur son visage.
Marc Levy
Un simple journal !
Quel gaspillage, pour un écrivain, de décrire ses sentiments intimes dans un simple journal !
Isaac Asimov
Vous autres poètes
Vous autres poètes vous avez fait de l’amour une immense imposture : ce qui nous échoit semble toujours moins beau que ces rimes accolées comme deux bouches l’une sur l’autre.
Marguerite Yourcenar
Les passantes
Je veux dédier ce poème
A toutes les femmes qu’on aime
Pendant quelques instants secrets
A celles qu’on connait à peine
Qu’un destin différent entraîne
Et qu’on ne retrouve jamais
A celle qu’on voit apparaître
Une seconde à sa fenêtre
Et qui, preste, s’évanouit
Mais dont la svelte silhouette
Est si gracieuse et fluette
Qu’on en demeure épanoui
A la compagne de voyage
Dont les yeux, charmant paysage
Font paraître court le chemin
Qu’on est seul, peut-être, à comprendre
Et qu’on laisse pourtant descendre
Sans avoir effleuré sa main
A la fine et souple valseuse
Qui vous sembla triste et nerveuse
Par une nuit de carnaval
Qui voulu rester inconnue
Et qui n’est jamais revenue
Tournoyer dans un autre bal
A celles qui sont déjà prises
Et qui, vivant des heures grises
Près d’un être trop différent
Vous ont, inutile folie,
Laissé voir la mélancolie
D’un avenir désespérant
Chères images aperçues
Espérances d’un jour déçues
Vous serez dans l’oubli demain
Pour peu que le bonheur survienne
Il est rare qu’on se souvienne
Des épisodes du chemin
Mais si l’on a manqué sa vie
On songe avec un peu d’envie
A tous ces bonheurs entrevus
Aux baisers qu’on n’osa pas prendre
Aux cœurs qui doivent vous attendre
Aux yeux qu’on n’a jamais revus
Alors, aux soirs de lassitude
Tout en peuplant sa solitude
Des fantômes du souvenir
On pleure les lêvres absentes
De toutes ces belles passantes
Que l’on n’a pas su retenir
(Antoine Pol – Georges Brassens)
Attentif au monde
Au fond, tout le mystère de la poésie est d’être attentif au monde.
Hélène Ouvrard
Les poètes
Les poètes le sont par l’âme et non par le savoir. L’érudition n’engendre que peu de poètes.
Yves Thériault
Un bateau ivre
Je ne suis pas Rimbaud,
Mais je suis bien un bateau ivre,
Dérivant sur des vagues de pensées,
Pour m’échouer dans tes bras et te survivre,
Chavirant sur tes larmes pour m’enivrer
Edith Peille
