La poésie, elle est partout

La poésie est dans l’essence profonde des choses et des phénomènes. Elle aide l’homme à fuir la monotonie récurrente du quotidien. Elle le sauve du poison de la vanité, des petitesses de l’égoïsme humain, de l’ennui. La poésie, elle est partout, dans tout ce qui nous entoure: le visible et l’invisible, le beau et le laid, la colère et la douceur, la haine et l’amour. Elle est dans la vie, matérielle et spirituelle. Si l’humanité avait les yeux pour la voir, les sens pour la saisir, si la poésie pouvait devenir une nécessité vitale, telle que l’air et le soleil, il n’y aurait pas de massacres. Si même dans les guerres, l’ennemi pouvait voir la poésie de l’exploit, du courage, l’hostilité se serait fondue, la cruauté se serait consumée.

Dora Gabé

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Le paysagiste

Le paysagiste va plus loin peut-être. Ce n’est pas seulement chez les êtres animés qu’il voit le reflet de l’âme universelle c’est dans les arbres, les buissons, les plaines, les collines. Ce qui pour les autres hommes n’est que du bois et de la terre apparaît au grand paysagiste comme le visage d’un être immense. Corot voyait de la bonté éparse sur la cime des arbres, sur l’herbe des prairies et sur le miroir des lacs. Millet y voyait de la souffrance et de la résignation.
Auguste RODIN

LA GOUTTE DE PLUIE

Je cherche une goutte de pluie
Qui vient de tomber dans la mer.
Dans sa rapide verticale
Elle luisait plus que les autres
Car seule entre les autres gouttes
Elle eut la force de comprendre
Que, très douce dans l’eau salée,
Elle allait se perdre à jamais.
Alors je cherche dans la mer
Et sur les vagues, alertées,
Je cherche pour faire plaisir
À ce fragile souvenir
Dont je suis seul dépositaire.
Mais j’ai beau faire, il est des choses
Où Dieu même ne peut plus rien
Malgré sa bonne volonté
Et l’assistance sans paroles
Du ciel, des vagues et de l’air.

Jules Supervielle

Marseille

On ne comprend rien à cette ville si l’on est indifférent à sa lumière. Elle est palpable, même aux heures les plus brûlantes. Quand elle oblige à baisser les yeux. Marseille est ville de lumière. Et de vent. Ce fameux mistral qui s’engouffre dans le haut de ses ruelles et balaie tout jusqu’à la mer. Jusqu’au large de Pomègues et Ratonneau, les îles du Frioul. Jusqu’après Planier, le phare, aujourd’hui éteint, reconverti en école de plongée, qui indiquait à tous les marins du monde que Marseille était à portée de main, et que ses femmes, pute ou pas, leur feraient oublier la passion des mers et des îles lointaines.
Marseille, à vrai dire, on ne peut l’aimer qu’ainsi, en arrivant par la mer. Au petit matin. A cette heure où le soleil, surgissant derrière le massif de Marseilleveyre, embrase ses collines et redonne du rose à ses vieilles pierres.
Jean-Claude Izzo