Croire au hasard

Il faut bien croire au hasard, parce que souvent c’est la seule chose qui peut expliquer ce qui nous arrive. On croit avoir un certain contrôle sur sa vie puis, soudain, tout bascule, tout est chambardé, à cause d’une rencontre fortuite ou d’une simple conversation. Dans certains cas, on peut même appeler ça le destin tellement le changement provoqué est important et profond.
Michel Tremblay

La rêverie

Ce que j’aime dans l’écriture, c’est plutôt la rêverie qui la précède. L’écriture en soi, non, ce n’est pas très agréable. Il faut matérialiser la rêverie sur la page, donc sortir de la rêverie. Parfois, je me demande comment font les autres ? Comment font ces auteurs qui, comme Flaubert le faisait au XIXe siècle, écrivent et réécrivent, refondent, reconstruisent, condensent à partir du premier jet dont il ne reste finalement rien ou presque rien dans la version finale du livre ? Ça me semble assez effrayant. Personnellement, je me contente d’apporter des corrections sur un premier jet, qui ressemble à un dessin qui aurait été fait d’un seul trait. Ces corrections sont à la fois nombreuses et légères, comme une accumulation d’actes de microchirurgie. Oui, il faut trancher dans le vif comme le chirurgien, être assez froid vis-à-vis de son propre texte pour le corriger, supprimer, alléger. Il suffit parfois de rayer deux ou trois mots sur une page pour que tout change. Mais tout ça, c’est la cuisine de l’écrivain, c’est assez ennuyeux pour les autres.

Patrick Modiano

A chaque automne

Il y a des périodes où l’inspiration coule avec vivacité et originalité dans les neurones. C’est ainsi qu’à chaque automne un vent mauvais emporte pour moi les merveilleuses feuilles rousses et mordorées qui tombent en tourbillonnant sur le sol…

Denis Langlois

Prononcer son nom

Au fil de toutes ces années passées à collectionner les mots, j’ai constaté une chose : on peut très souvent dire combien une personne en aime une autre à la façon dont elle prononce son nom. Je crois que c’est un des meilleurs sentiments au monde, lorsqu’on sait que son nom est en sécurité dans la bouche de quelqu’un d’autre ; lorsqu’on sait qu’il ne le criera jamais comme un juron, mais le prononcera ou le chuchotera comme un Il était une fois.
Saci Lloyd

Chambres de nos âmes

Les mots peuvent-ils avoir des ailes ? Peuvent-ils scintiller dans l’air comme des papillons ? Peuvent-ils nous emporter, captifs, dans un autre monde ? Peuvent-ils ouvrir les ultimes chambres secrètes de nos âmes ?.
Jan-Philipp Sendker