Qui sommes-nous au juste ?

Qui sommes-nous au juste ? Ce que nous avons été ou bien ce que nous aurions aimé être ? Le tort que nous avons causé ou bien celui que nous avons subi ? Les rendez-vous que nous avons ratés ou les rencontres fortuites qui ont dévié le cours de notre destin ? Les coulisses qui nous ont préservés de la vanité ou bien les feux de la rampe qui nous ont servi de bûchers ? Nous sommes tout cela en même temps, toute la vie qui a été la nôtre, avec ses hauts et ses bas, ses prouesses et ses vicissitudes ; nous sommes aussi l’ensemble des fantômes qui nous hantent. .. nous sommes plusieurs personnages en un, si convaincants dans les différents rôles que nous avons assumés qu’il nous est impossible de savoir lequel nous avons été vraiment, lequel nous sommes devenus, lequel nous survivra.
Yasmina Khadra

La science, la destinée

C’est un lieu commun que de dire que la Science a tué la Foi, qu’elle a tué les anciens dieux. Il est exact de dire qu’elle a remplacé la Foi dans la thérapeutique de l’angoisse. L’homme attend d’elle qu’elle le rende immortel, dans ce monde et non dans l’autre. Mais la déception est proche car la science n’apporte pas de solution à la destinée. Elle ne donne pas de sens à la vie. Elle se contente de l’organiser. Ou si elle lui donne un sens, c’est de n’en avoir aucun, d’être un processus hasardeux et hautement improbable.
Henri Laborit

Le chagrin

Il y a dans ce monde où tout s’use, où tout périt, une chose qui tombe en ruine, qui se détruit, encore plus complètement, en laissant encore moins de vestiges que la beauté : c’est le chagrin.
Marcel Proust (Albertine disparue)

La poésie, elle est partout

La poésie est dans l’essence profonde des choses et des phénomènes. Elle aide l’homme à fuir la monotonie récurrente du quotidien. Elle le sauve du poison de la vanité, des petitesses de l’égoïsme humain, de l’ennui. La poésie, elle est partout, dans tout ce qui nous entoure: le visible et l’invisible, le beau et le laid, la colère et la douceur, la haine et l’amour. Elle est dans la vie, matérielle et spirituelle. Si l’humanité avait les yeux pour la voir, les sens pour la saisir, si la poésie pouvait devenir une nécessité vitale, telle que l’air et le soleil, il n’y aurait pas de massacres. Si même dans les guerres, l’ennemi pouvait voir la poésie de l’exploit, du courage, l’hostilité se serait fondue, la cruauté se serait consumée.

Dora Gabé

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Le paysagiste

Le paysagiste va plus loin peut-être. Ce n’est pas seulement chez les êtres animés qu’il voit le reflet de l’âme universelle c’est dans les arbres, les buissons, les plaines, les collines. Ce qui pour les autres hommes n’est que du bois et de la terre apparaît au grand paysagiste comme le visage d’un être immense. Corot voyait de la bonté éparse sur la cime des arbres, sur l’herbe des prairies et sur le miroir des lacs. Millet y voyait de la souffrance et de la résignation.
Auguste RODIN