Le regard et l’esprit

Les yeux comprennent plus vite que l’esprit, surtout quand il s’agit d’une nouvelle que celui-ci ne veut pas comprendre. En ce bref moment d’indécision, le regard essaye de briser l’implacable enchaînement des mots, comme s’il pouvait changer le message avant que la pensée veuille en saisir le sens.
Andreï Makine

Séismes intimes

La vie ménage parfois, par quelque chance toujours imméritée, des rencontres qui sont des séismes intimes, et nous devons bien le savoir tant nous prenons de précautions pour les éviter. Ceux qui s’y risquent le font-ils par inadvertance ou par courage ?
François Gantheret

Le monde est une souffrance

Le monde est une souffrance déployée. A son origine, il y a un noeud de souffrance. Toute existence est une expansion et un écrasement. Toutes les choses souffrent, jusqu’à ce qu’elles soient. Le néant vibre de douleur jusqu’à parvenir à l’Être : dans un abject paroxysme.
Michel Houellebecq

La réalité extérieure

La psychanalyse n’a rien créé – au sens d’inventer quelque chose qui n’existait pas -, elle n’a fait qu’exhumer, découvrir, dévoiler, jusqu’au moment où – comme une eau souterraine que l’on entend à nouveau couler, comme le sang comprimé que l’on sent à nouveau pulser – la totalité vivante peut se manifester à nos yeux. La psychanalyse n’est rien d’autre qu’une mise à nu, opération que l’homme encore malade évite parce qu’elle lui arrache son masque, mais que l’homme guéri accueille comme une libération ; quand bien même, revenu à la réalité extérieure, laquelle entre-temps est demeurée inchangée, il se trouve assailli de difficultés : car, pour la première fois, c’est la réalité qui vient rejoindre la réalité, et non un spectre un autre spectre.

Lou Andreas-Salomé