Pour que la pensée devienne distincte, il faut bien qu’elle s ‘éparpille en mots : nous ne nous rendons bien compte de ce que nous avons dans l’esprit que lorsque nous avons pris une feuille de papier, et aligné les uns à côté des autres des termes qui s’entrepénétraient. .. . La pensée qui n’est que pensée, l’œuvre d’art qui n’est que conçue, le poème qui n’est que rêvé ne coûtent pas encore de la peine ; c’est la réalisation matérielle du poème en mots, de la conception artistique en statue ou tableau, qui demande un effort.
Henri Bergson
Catégorie : Pensées
L’absolu
L’absolu exerce sur les hommes un pouvoir de fascination non seulement par le contraste avec leur existence livrée au hasard, mais aussi par le sentiment qu’il les immunise contre la fragilité humaine.
Charles Morgan
La lassitude
La lassitude ? Ça fait partie de l’amour, cette fatigue, un moment donné, comme l’ombre d’une faille qui nous assombrit.
Claire de Lamirande
Quel vide !
Quel vide tu m’as laissé, quel espace inutile en moi doit apprendre à se refermer. Mon corps a perdu son centre, à partir de maintenant nous sommes deux détachés, qui peuvent s’embrasser et qui jamais ne redeviendront une seule personne.
Erri De Luca
L’artiste
L’artiste n’a de responsabilité envers personne. Son rôle social est associal. Sa seule responsabilité réside dans sa position face au travail qu’il accomplit.
Georg Baselitz
La culture
La culture se mesure à l’aune des groupes sociaux dans lesquels vous évoluez. La culture est fondamentalement un acte social. C’est l’expression moderne de cette activité essentielle des sociétés tribales dont nous sommes héritiers : la palabre.
Didier Hallépée
L’amour masochiste
L’amour est masochiste. Ces cris, ces plaintes, ces douces alarmes, cet état d’angoisse des amants, cet état d’attente, cette souffrance latente, sous-entendue, à peine exprimée, ces mille inquiétudes au sujet de l’absence de l’être aimé, cette fuite du temps, ces susceptibilités, ces sautes d’humeur, ces rêvasseries, ces enfantillages, cette torture morale où la vanité et l’amour-propre sont en jeu, l’honneur, l’éducation, la pudeur, ces hauts et ces bas du tonus nerveux, ces écarts de l’imagination, ce fétichisme, cette précision cruelle des sens qui fouaillaient et qui fouillent, cette chute, cette prostration, cette abdication, cet avilissement, cette perte et cette reprise perpétuelle de la personnalité, ces bégaiements, ces mots, ces phrases, cet emploi du diminutif, cette familiarité, ces hésitations dans les attouchements, ce tremblement épileptique, ces rechutes successives et multipliées, cette passion de plus en plus troublée, orageuse et dont les ravages vont progressant, jusqu’à la complète inhibition, la complète annihilation de l’âme, jusqu’à l’atonie des sens, jusqu’à l’épuisement de la moelle, au vide du cerveau, jusqu’à la sécheresse du cœur, ce besoin d’anéantissement, de destruction, de mutilation, ce besoin d’effusion, d’adoration, de mysticisme, cet inassouvissement qui a recours à l’hyperirritabilité des muqueuses, aux errances du goût, aux désordres vaso-moteurs ou périphériques et qui fait appel à la jalousie et à la vengeance, aux crimes, aux mensonges, aux trahisons, cette idolâtrie, cette mélancolie incurable, cette apathie, cette profonde misère morale, ce doute définitif et navrant, ce désespoir, tous ces stigmates ne sont-ils point les symptômes mêmes de l’amour d’après lesquels on peut diagnostiquer, puis tracer d’une main sûre le tableau clinique du masochisme ?.
Blaise Cendrars
Qu’est-ce qu’un roman ?
Après tout, qu’est-ce qu’un roman, sinon l’exploitation sous quelque forme que ce soit des figures obsédantes qui hantent et qui gouvernent notre destin.
Jean Carrière
La conscience
La conscience est un rejeton tardif de l’âme inconsciente.
Carl Gustav Jung
