Benoîte Groult a compté pour moi

Benoîte Groult a compté pour moi, je me souviens du jour, en 2012, où elle m’a dit être née sans avoir le droit de vote. Un témoignage qui rappelle combien ce droit de vote des femmes est un acquis récent. Dans son œuvre, me frappe sa capacité à percuter la réalité, à la mettre en mots simplement pour qu’elle surgisse et se révèle. Ainsi soit elle, c’est une écriture limpide qui nomme une réalité universelle qu’on méconnaît ou tente de taire. J’ai aimé en elle le combat féministe, mais aussi la romancière. Quand j’ai lu Les Vaisseaux du cœur, je lui ai téléphoné et lui ai dit que ce livre m’avait ému, bouleversé et que c’était un des plus beaux romans d’amour que je connaisse, elle m’avait répondu que ce compliment lui faisait plaisir, elle aimait qu’on retienne de son œuvre, outre le combat militant, également la littérature. Benoîte Groult n’a jamais cessé d’alerter les jeunes générations. Je retiens une de ses phrases : une féministe ne tue jamais personne, à laquelle j’ajoute qu’en revanche, dans notre pays, des machistes tuent tous les jours des femmes.

Caroline de Haas

La solitude

Quand enfin quelqu’un se débarrasse de ses épaisseurs qui sont de pauvres armures : le savoir, la conscience de soi, la bienséance parfois, l’habitude, toutes ces choses qui servent d’écrans, de murailles, de vêtements lourds que l’on met sur soi. Quant à certains moments tout ça tombe, la solitude est alors entière, et en même temps c’est la fraternité qui est là.

Christian Bobin

La foi

La foi, c’est l’expérience que l’intelligence est éclairée par l’amour. Seulement l’intelligence doit reconnaître par les moyens qui lui sont propres, c’est à dire la constatation et la démonstration, la prééminence de l’amour.

Simone Weil

Son essentiel secret

Lire, c’est voir le monde par mille regards, c’est toucher l’autre dans son essentiel secret, c’est la réponse providentielle à ce grand défaut que l’on a tous de n’être que soi.

Serge Joncour

La poésie est réelle

Entre ce que je vois et dis,
entre ce que je dis et tais,
entre ce que je tais et rêve
entre ce que je rêve et oublie,
la Poésie.
Elle glisse
entre le oui et le non :
elle dit
ce que je tais,
elle tait
ce que je dis,
elle rêve
ce que j’oublie.
Elle n’est pas un dire :
elle est un faire.
La poésie
se dit et s’entend :
elle est réelle.
Et à peine je dis
« elle est réelle »
elle se dissipe.
Est-elle ainsi plus réelle ?

Octavio Paz

Le rêve

Le rêve est une hypothèse, puisque nous ne le connaissons jamais que par le souvenir, mais ce souvenir est nécessairement une fabrication.
Paul Valéry

Fragments du passé

A cause de cette couche, de cette masse d’oubli qui recouvre tout, on ne parvient à capter que des fragments du passé, des traces interrompues, des destinées humaines fuyantes.
Patrick Modiano