Un pont au-dessus du vide

Le lieu révèle ce qui échappe au regard

la clarté des murs où le rien se perd en méandres

Murmure rendu possible

derrière la porte le vide s’est dissipé

La tête rafistolée sur les épaules

je recompose l’image de ma présence

je m’approche du réel

Le temps tarde à couvrir la surface du paysage

les heures défilent sans écriture si ce n’est

le toujours bref balancement des branches d’un arbre

qui forment un pont au-dessus du vide.

Claude Paradis

Ma mère, c’était ma vie

Ma mère, c’était ma vie, mon ancrage, ma boussole. J’étais très attachée à elle. J’ai envie de laisser à mes enfants petits et grands, son histoire, qui elle était et d’une certaine manière l’immortaliser. C’est aussi un exutoire pour moi, cela me fait du bien de la rendre immortelle. Je crois qu’elle était exceptionnelle pour moi évidemment comme chaque mère l’est pour tout un chacun mais sa vie est un film au fond. On réalise avec l’âge d’où on vient et le pourquoi des choses. On se rend compte avec le temps à quel point certaines personnes sont exceptionnelles de par le parcours qu’elles ont eu.

Sylvie Vartan

Harmonie du soir

Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir ;
Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !

Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir ;
Le violon frémit comme un cœur qu’on afflige ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.

Le violon frémit comme un cœur qu’on afflige,
Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir ;
Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige.

Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir,
Du passé lumineux recueille tout vestige !
Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige…
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir !

Charles Baudelaire – Les Fleurs du mal