Un livre, c’est une hospitalité qui est offerte, une sorte d’abri que l’on peut emporter avec soi, où l’on peut faire retour, un refuge où résonne comme l’écho lointain de la voix qui nous a bercés, du corps où nous avons séjourné. L’aspect matériel du livre, sous sa forme actuelle de codex, concourt peut-être à ce caractère accueillant.
Michèle Petit
Catégorie : Pensées
Passions humaines
Il semble que l’amour soit de toutes les passions humaines celle qui revêt les formes les plus diverses. Il n’y a guère qu’une manière de ressentir la haine, la colère, l’envie, et nous ne savons même pas d’ordinaire être sots avec originalité. Les amoureux, au contraire, ont chacun leur manière propre, tout comme les grands artistes et les fous.
Hyacinthe de Charencey
L’âme
Je préfère peindre les yeux des hommes que les cathédrales, car dans les yeux il y a quelque chose qu’il n’y a pas dans les cathédrales, même si elles sont majestueuses et qu’elles en imposent, l’âme d’un homme, même si c’est un gueux ou une fille de rue, est plus intéressante à mes yeux.
Vincent van Gogh (Lettre de Van GOGH à Théo)
Plaisir des illusions
Le plaisir le plus solide de cette vie est le vain plaisir des illusions. Je tiens en un sens les illusions pour des réalités, puisqu’elles sont un des ingrédients essentiels et communs de la nature humaine.
Giacomo Leopardi
La modestie vraie
La modestie vraie ne peut être qu’une méditation sur la vanité. Elle naît du spectacle des illusions d’autrui et de la crainte de s’égarer soi-même. Elle est comme une circonspection scientifique à l’égard de ce qu’on dira et de ce qu’on pensera de soi.
Henri Bergson
La faute inexpiable
Les hommes ont toujours été ravis quand nous étions capricieuses, coquettes, jalouses, possessives, vénales, frivoles. .. excellents défauts, soigneusement encouragés parce que rassurants pour eux. Mais que ces créatures-là se mettent à penser, à vivre en dehors des rails, c’est la fin d’un équilibre, c’est la faute inexpiable.
Benoîte Groult
Nos limites
L’homme a peur de dépasser ses limites. Peur de les perdre. De ne plus les reconnaître.
Patrick Lowie
Les circonstances de la lecture
Les circonstances de la lecture font partie de la lecture : aussi bien le livre concret que son apparence, son format, son poids, sa typographie, que le volume d’espace réel au sein duquel nous l’avons lu : un train, un lit, une herbe. Le livre, l’œuvre, est cela pour nous. Il est tout autant que la lettre exacte de son texte, vérifiable en le rouvrant ( et pas toujours compatible avec notre souvenir!), ce que nous en avons retenu (les « circonstances » en font partie). Tout autant que l’immobilité stable de ses mots, dans ses pages, l’allure de nos yeux sur ses lignes, l’intensité variable de notre regard. Mais les livres que nous avons lus « colorent » en retour, d’une manière au moins aussi forte, les lieux et les circonstances dans lesquels nous les avons ouverts.
Jacques Roubaud
Les femmes sont des tremplins
Parfois, il me semble que les femmes sont des tremplins vers le fabuleux. De la littérature guérisseuse qui fond dans un même souffle drame futile et comédie sérieuse. Ecrivaines pour la plupart non pratiquantes, elles produisent de la prose intérieure destinée à tromper leurs déceptions et à soigner leurs rêves.
Alexandre Jardin
Regarder ailleurs
Ces premiers mois de première furent des mois de bonheur. J’étais heureuse en classe, encouragée par Mlle Farnie qui soulignait le caractère poétique des mathématiques et soutenait que la poésie existait là où on la cherchait rarement. Cette dernière affirmation me galvanisa ; dans un désir d’être moi-même, de ne pas suivre les personnalités dominantes autour de moi, j’avais pris l’habitude de m’intéresser à ce que les autres dédaignaient, de me détourner délibérément du point de vue général, et je reconnus en Mlle Farnie quelqu’un qui savait regarder ailleurs ou avait du point de vue général une vision différente.
Janet Frame
