L’un pour l’autre

Toi, je t’aime comme je n’ai jamais aimé et comme je n’aimerai pas. Tu es, et resteras seule, et sans comparaison avec nulle autre. C’est quelque chose de mélangé et de profond, quelque chose qui me tient par tous les bouts, qui flatte tous mes appétits et caresse toutes mes vanités. Ta réalité y disparaît presque. Pourquoi est-ce que, quand je pense à toi, je te vois souvent avec d’autres costumes que les tiens ? L’idée que tu es ma maîtresse me vient rarement, ou du moins tu ne te formules pas devant moi par cela. Je contemple (comme si je la voyais) ta figure toute éclairée de joie, quand je lis tes vers en t’admirant. – Alors qu’elle prend une expression radieuse d’idéal, d’orgueil et d’attendrissement. Si je pense à toi au lit, c’est étendue, un bras replié, tout nue, une boucle plus haute que l’autre, et regardant le plafond. – Il me semble que tu peux vieillir, enlaidir même et que rien ne te changera. – Il y a un pacte entre nous deux, et indépendant de nous. N’ai-je pas fait tout pour te quitter ? N’as-tu pas fait tout pour en aimer d’autres ? Nous sommes revenus l’un à l’autre, parce que nous étions faits l’un pour l’autre. Je t’aime avec tout ce qui me reste de coeur. Avec les lambeaux que j’en ai gardés. Je voudrais seulement t’aimer davantage afin de te rendre plus heureuse, puisque je te fais souffrir ! moi qui voudrais te voir en l’accomplissement de tous tes désirs.
Gustave Flaubert (Lettre à Louise Colet)

C’est ça, la vie

La vie s’apparente à la mer. Il y a le bruit des vagues, quand elles s’abattent sur la plage, et puis le silence d’après, quand elles se retirent. Deux mouvements qui se croisent et s’entrecoupent sans discontinuer. L’un est rapide, violent, l’autre est doux et lent.Vous aimeriez vous retirer, dans le même silence des vagues, partir discrètement, vous faire oublier de la vie. Mais d’autres vagues arrivent et arriveront encore et toujours. Parce que c’est ça, la vie…

Agnès Ledig

L’affirmation

L’individu s’affirme le plus, et sous sa forme la plus abstraite, là où le signe de son affirmation est le plus stéréotypé. Pourquoi ? Ce que l’individu affirme là n’est pas la richesse de sa vie psychologique, son inventivité, ses ressources ; c’est sa pure indépendance, le pouvoir nu de dire oui ou non, de désirer ou de repousser.
Pierre Pachet

Le philosophe

Le philosophe doit extirper les erreurs du sein des esprits pour y faire germer la vérité, comme un laboureur extirpe les ronces de la terre pour y planter des chênes.

Bernardin de Saint-Pierre

La désuétude

Nombre d’opinions, hier encore acceptables, voire recommandables, sont, d’une génération à l’autre, happées par la désuétude. La plupart des polémiques à la mode ont déjà les relents d’une querelle de bouffons.
Raoul Vaneigem