Les mots

Les mots sont comme les glands. Chacun d’eux ne donne pas un chêne, mais si vous en plantez un nombre suffisant, vous obtiendrez sûrement un chêne tôt ou tard.

William Faulkner

Coins du monde délicieux

J’aimais ce pays infiniment. Il est des coins du monde délicieux qui ont pour les yeux un charme sensuel. On les aime d’un amour physique. Nous gardons, nous autres que séduit la terre, des souvenirs tendres pour certaines sources, certains bois, certains étangs, certaines collines, vus souvent et qui nous ont attendris à la façon d’événements heureux. Quelquefois même la pensée retourne vers un coin de forêt, ou un bout de berge, ou un verger poudré de fleurs, aperçus une seule fois, par un jour gai, et restés en notre cœur comme ces images de femmes rencontrées dans la rue, un matin de printemps, avec une toilette claire et transparente, et qui nous laissent dans l’âme et dans la chair un désir inapaisé, inoubliable, la sensation du bonheur coudoyé.
Guy de Maupassant

Guérir d’être femme

Il faut enfin guérir d’être femme. Non pas d’être née femme mais d’avoir été élevée femme dans un univers d’hommes, d’avoir vécu chaque étape et chaque acte de notre vie avec les yeux des hommes et les critères des hommes. Et ce n’est pas en continuant à écouter ce qu’ils disent, eux, en notre nom ou pour notre bien, que nous pourrons guérir.
Benoîte Groult (Ainsi soit-elle)

Vocation du romancier

C’est sans doute la vocation du romancier, devant cette grande page blanche de l’oubli, de faire ressurgir quelques mots à moitié effacés, comme ces icebergs perdus qui dérivent à la surface de l’océan.
Patrick Modiano

La vie

La vie me bouleverse comme un papier de soie si fin qu’ un regard trop pesant parvient à déchirer. La vie me comble d’ être aussi parfaitement menacée. Le déchirement me donne joie et rire.

Christian Bobin

La valse des sourires

C’était à nouveau la valse des sourires. Etonnant comme parfois on prend des résolutions, on se dit que tout sera ainsi dorénavant, et il suffit d’un mouvement infime des lèvres pour casser l’assurance d’une certitude qui paraissait éternelle.
David Foenkinos

L’amour

L’amour : je ne peux pas t’en parler. On ne peut pas le décrire. On se sent vide et perdu. Comme si on essayait d’attraper le vent avec un filet à papillons. Pour la première fois, on sait exactement ce qu’on veut.
Jonathan Coe

La vérité

La vérité ne se tient pas ici ou là, mais dans une troisième position, inconcevable pour nos esprits. Il faut se contenter de ce doute, où tout paraît, comment dirais-je… suspendu devant nous.
Michèle Lesbre