L’épître

Rares sont les êtres dont la compagnie m’est plus agréable que ne le serait une missive d’eux — à supposer, bien sûr, qu’ils possèdent un minimum de talent épistolaire. Pour la plupart des gens, un tel constat constitue l’aveu d’une faiblesse, d’un déficit énergétique, d’une incapacité à affronter le réel. « Vous n’aimez pas les personnes en vrai », m’a-t-on déjà sorti. Je m’insurge : pourquoi les individus seraient-ils forcément plus vrais quand on les a en face de soi ? Pourquoi leur vérité n’apparaîtrait-elle pas mieux, ou tout simplement différemment, dans l’épître ?
La seule certitude, c’est que cela dépend des êtres. Il y a des gens qui gagnent à être côtoyés et d’autres qui gagnent à être lus. De toute façon, même quand j’aime quelqu’un au point de vivre avec lui, j’ai besoin qu’il m’écrive aussi : un lien ne me paraît complet que s’il comporte une part de correspondance.
Amélie Nothomb

Mensonges

J’inventerais des bijoux de mensonges sertis d’éclats de détail, de splendides minuties qui seraient comme les morceaux d’une musique, des lames d’images nettes, ineffaçables, d’une si parfaite vraisemblance que personne n’aurait idée de douter de mes paroles.
Eleanor Catton

Jongleur de mots

Un écrivain peut finir par devenir un simple jongleur de mots plus ou moins adroit. Il peut en arriver à oublier l’essentiel : cette source qui coule au fond de nous et qui est le véritable lieu de rencontre des êtres.
Janine Boissard

Les Tambours du soleil

L’Homme n’est jamais seul alors que je vous parle et

que vous

m’écoutez

il fait causette avec la vie devenue sa servante

Le bois le pain le feu sont à sa table et le ciel rentre

libre par les

fenêtres ouvertes

C’est beau ce que je dis mais vous n’y croyez pas

C’est dommage de ne pas voir que la terre se recrée

et se fait

notre alliée

bien triste de savoir que vous désespérez du bonheur

Moi je marche

tant que je marche je sais que les roses se multiplient sur mon passage

René Philoctète