Drames de la vie

C’est toujours ainsi : il suffit d’être confronté aux drames de la vie pour se sentir ridicule de s’être fait une montagne d’un rien. De notre rien. Face aux drames des autres, on prend souvent de belles résolutions. On se dit qu’on va maintenant tout relativiser. Mais ça ne dure jamais bien longtemps. On se met à nouveau à se faire du mauvais sang pour des broutilles, à s’énerver pour du vent.

David Foenkinos

Chacun dans ses murs

Le soir, chez soi, chacun importe son petit exotisme, sa manière d’être ailleurs, il y a ceux qui boivent, ceux qui ne pensent pas, il y a ceux qui regardent des films sur le petit écran, et les autres, barrés plus audacieusement dans des livres, des jeux vidéo, le soir le monde est un vaste hall d’attente, on est tous là, les uns pas si loin des autres, pas trop proches pourtant, chacun dans ses murs.

Serge Joncour

Une oeuvre de fiction

Ecrire une oeuvre de fiction c’est un peu comme faire voler un cerf-volant : la corde de l’imaginaire reliant l’histoire à la réalité, le souffle de l’inspiration lui permettant de s’envoler… Cela peut avoir l’air compliqué, dit de cette façon, mais il suffit souvent d’observer attentivement autour de soi, puis d’écrire en écoutant son cœur.

Manon Corriveau Côté

Du bonheur immediat

Les femmes avec lesquelles j’ai vécu, je les avais aimées. Toutes. Et avec passion. Elles aussi m’avaient aimé. mais certainement avec plus de vérité. Elles m’avaient donné du temps de leur vie. Le temps est une chose essentielle dans la vie d’une femme. Il est réel, pour elles. Relatif pour les hommes. Elles m’avaient donné, oui, beaucoup. Et moi, que leur avais je offert? De la tendresse. Du plaisir. Du bonheur immediat. Je n’étais pas mauvais dans ces domaines. Mais après?

Jean-Claude Izzo

Océan

Océan est l’un des rares mots que j’entends en couleur : il se fragmente en un spectre de nuances douces et chaudes, le -o est d’un bleu profond, à la fois saphir et indigo, le -é est brun-noir comme le sont les rochers, le -an me fait l’effet d’une couleur qui n’existe pas pour nos yeux d’ici-bas, une couleur qui s’étirerait du bleu ciel à l’orangé, en passant par des nuances de mauve…

Véronique Ajarrag (Amulettes)

La langue, voyage de l’âme

La langue n’est qu’un voyage de l’âme. Elle s’adapte aux conditions extérieures. Elle se transforme, elle invente ou copie, c’est selon. La langue traduit nos vies. Mais quand on se tait pour toujours, quand s’échappent les mots de nos visages chancelants, j’ai envie de penser que demeurent en haleine et dans la bouche du vent qui nous soulève la trace odorante de tous nos appétits, le bouillon de nos aventures, le caramel de nos baisers, le miel de nos écorchures. Des parfums qui se fichent éperdument des frontières, des saveurs qui fondent sur la langue par-delà tous les vocabulaires.

Viviane Chocas