J’ai mal à mes mots

J’ai trop souvent mal à mes mots, je ne m’entends pas bien avec eux, on dirait qu’ils sont contre moi… Quand je suis devant quelqu’un que je ne connais pas, mes mots se dérobent, foutent le camp, ne veulent jamais dire exactement ce que je pense ou ce que je sens. Quand ils veulent bien sortir, ils arrivent en pagaille, dans le désordre, comme s’ils prenaient plaisir à s’embrouiller, se mélanger, et me mettent mal à l’aise.

Jacques Salomé

Un pont au-dessus du vide

Le lieu révèle ce qui échappe au regard

la clarté des murs où le rien se perd en méandres

Murmure rendu possible

derrière la porte le vide s’est dissipé

La tête rafistolée sur les épaules

je recompose l’image de ma présence

je m’approche du réel

Le temps tarde à couvrir la surface du paysage

les heures défilent sans écriture si ce n’est

le toujours bref balancement des branches d’un arbre

qui forment un pont au-dessus du vide.

Claude Paradis

L’écriture

Un bref malaise indistinct et sourd, habituel par ailleurs, me plongea dans une méditation désabusée. On ne peut pas écrire vraiment sans connaître de semblables moments de désarroi. La distance, parfois teintée de dégoût, d’insatisfaction du moins, que l’on prend alors avec sa propre écriture, reproduit en quelque sorte celle, infranchissable, qui sépare l’imaginaire de sa réalisation narrative.