Premiers souvenirs d'écriture

Quelle jolie rencontre autour des mots qui, chaque jour, nous baladent et nous cernent d’ondes vivifiantes !

Comme vous le savez, une passion a toujours sa source. Pour moi, l’écriture a d’abord été un simple moyen de m’exprimer alors que la timidité m’infligeait une coupure avec le monde extérieur. La timidité, entrave, handicap, douleur silencieuse, lacéra ma jeunesse. L’écriture avant d’être une passion viscérale, avant d’être elle-même une source de confiance, suscita cette prise de conscience  ‘’ Je suis différent mais j’existe  ». Vers l’âge de 9 ou 10 ans, curieusement je rédigeai un texte sur les guerres de religion. Je reconstituais à ma manière la Saint-Barthélemy sur une dizaine de pages d’un cahier de brouillon.

Enfant,  je comprenais que le monde était rempli de turbulences, de cris, de jeux parfois brutaux et que si je  n’appartenais pas à ce monde, alors je serais incompris, rejeté, je serais la proie des moqueries ou un être sur lequel la bêtise environnante pourrait frapper.

En colonies de vacances ou dans une cour d’école, à l’écart des exubérances de mes camarades. je découvrais la solitude, un univers immense pour un gosse. Combien de fois mes parents convoqués au conseil de classe ont-ils entendu ‘’ votre fils, on ne connaît pas le son de la voix  ». Les années ont passé. Au lycée, j’étais l’adolescent timide, paniqué à l’idée d’être interrogé en cours, de monter sur l’estrade. Mais vint le temps des dissertations. Je dépassais souvent la longueur admise, développant mes idées sur plusieurs pages imprégnées d’un style sans doute précieux. Je voulais impressionner le professeur. Quelquefois je récoltais un « hors sujet ». L’exercice devenait jouissif, mon stylo semblait échapper à mon contrôle, ce stylo qui écrivait les mots téméraires, ces mots qui allaient interloquer les professeurs. En quatrième, mon poème ‘’Le soleil » fut lu devant toute la classe. J’étais plutôt embarrassé. Pourtant je voulais absolument être le meilleur dans cette matière ‘’Le français’’.

Dès l’enfance, les poèmes, les chansons furent mon refuge. Je m’identifiais si facilement à ces petites histoires tissées en trois couplets et un refrain qu’il me fut aisé d’écrire des chansons. Je ressentais déjà le besoin de colorer, d’imprégner les mots de poésie. Pour moi, les mots devaient absolument avoir une sève, quelque chose en plus. L’écriture a sans doute accentué le paradoxe. J’écrivais parce que j’étais seul et d’un autre côté l’écriture était un exercice solitaire qui me confortait dans ma tour d’ivoire. Je commençais à avoir un style, je me différenciais des autres et surtout j’aimais cette différence qui était mon empreinte, mon tatouage d’adolescent isolé. J’étais capable d’exprimer par les mots ma vision des êtres humains. Je donnais de la force à ces mots, sans doute parce que j’avais envie de cogner sur ma solitude.

J’étais enchaîné à cette peur du regard des autres, du jugement des autres. Et là, sur la feuille de papier, s’imprimait mon assurance. L’écriture m’offrait la reconnaissance. J’obtenais souvent des « 15, 16 », notes qui me comblaient. J’étais fou de bonheur. Je devins obsédé par la notation qui devait être élevée, cette note me permettant de dominer tous ces élèves indifférents à mon égard. Le professeur citait systématiquement mon nom en remettant les meilleures copies. Je m’habituais à ces deux formes d’écriture, aux dissertations qui révélaient ma personnalité  et aux chansons que j’écrivais le soir, m’astreignant au respect des rimes. La chanson me livrait à l’imaginaire. Ce temps de créativité, c’était mon défoulement, ma délivrance.

Amicalement

Didier

ATELIER D’ÉCRITURE AUTOBIOGRAPHIQUE-L’ART D’ÉCRIRE

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