Ecrire

Ecrire c’est parler de ce qui nous échappe. Les mots sont des transmetteurs de sentiments dont nous n’avons pas conscience. J’ai souvent eu l’impression en me relisant (ce qui m’arrive assez peu) de découvrir mes écrits comme s’ils émanaient de quelqu’un d’autre. Je me surprends à avoir eu telle ou telle pensée. Et je me dis  » est-ce bien moi qui ait écrit cela ?  »
Un livre est-il un reflet de nous-mêmes ?
Les retours sont d’ailleurs surprenants. Certains commentaires m’apprennent quelque chose sur mes écrits. Je considère qu’un livre ne nous appartient plus dès lors qu’il est entre les mains du lecteur. Un peu comme un enfant qui a grandi et est devenu adulte, un livre traverse des crises, nous résiste et nous revient. Un livre vit sa propre vie. Ne lui en demandons pas trop et respectons sa personnalité.
Un livre est-il un reflet de nous-mêmes ? Un reflet soit, mais qui nous surprendrait d’être ainsi. C’est flagrant dans le théâtre où nous éprouvons le plaisir d’être un autre soi-même. Les premières fois c’est comme d’entendre sa voix. Elle nous semble différente de ce que nous ne voulons pas entendre de nous et pourtant nous y force.
Puis nous apprenons à composer avec elle, comme avec l’écriture ou la peinture (je ne suis pas peintre, mais je crois que nous ressentons la même chose). Après vient le soulagement. Nous apprivoisons cet avatar qui nous fait tellement penser à nous, mais qui serait comme un frère, un proche à qui nous ne devrons finalement rien, mais qui nous aura permis de nous découvrir.
J’aime aussi l’idée que l’instant vécu ne se reproduira jamais. J’ai essayé de réécrire mon premier roman et j’ai abandonné ce projet parce que je trouvais cela vaniteux. Réécrire parce que l’on croire pouvoir faire mieux, se dépasser, c’est croire que l’on retrouvera ce qui nous a poussé à écrire. Cela n’existe pas et la magie est dans l’unicité de l’instant. On ne refait jamais deux fois la même chose. Et la fois suivante, on ne fait pas mieux, on fait autrement et c’est bien encore une fois. C’est cela qui compte.
Michel Ponte

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