Le temps était fini

Le temps était fini où les jours se succédaient vifs, précieux, uniques : l’avenir se dressait devant nous gris et sans contours, comme une invincible barrière. Pour nous, l’histoire s’était arrêtée.
Primo Levi (Si c’est un homme)

L’art amoureux

Il n’y a pas d’autre art que l’art amoureux. C’est l’art souverain de la lenteur et de la vitesse. C’est l’art de susciter un éclair, sans jamais l’arrêter en l’orientant vers nous.
Christian Bobin

La réalité romanesque

La réalité romanesque doit être lucide et mystérieuse. L’art requiert le délicat ajustement de deux mondes, l’extérieur et l’intérieur, de telle sorte qu’ils transparaissent au travers l’un de l’autre sans changer de nature.
Geneviève Brisac

La mémoire

La mémoire est une artiste étrange, elle redessine les couleurs de la vie, gomme le médiocre pour ne garder que les plus jolie traits, les courbes les plus émouvantes.

Marc Lévy

Une femme libre

Une femme libre est exactement le contraire d’une femme légère.
Simone de Beauvoir

Le besoin d’écrire

Aussi loin que je puisse remonter, c’est-à-dire vers ma douzième année, le besoin d’écrire s’identifie pour moi au besoin de conserver, de faire durer. Vers ma douzième année, je fis avec ma mère un voyage de quelques jours à la campagne dont je tirai un cahier, une sorte de roman humoristique (!) intitulé Le Voyage à Beersel. J’avais écrit auparavant un ou deux cahiers sur des sujets assez fantastiques : des histoires à la Jules Verne, des romans de scaphandriers. Mais ils ne m’avaient pas procuré la même satisfaction que ce “roman vécu”. L’impression que ce voyage bien que terminé était “utilisé”, qu’il existait une deuxième fois, et cette fois d’une existence définitive, qu’il y avait à la vie un mode d’emploi, une façon de n’en rien perdre, cela me donna pour la première fois un sentiment de sécurité, une paix, que pendant de longues années je trouvais en écrivant, rien qu’en écrivant.
Françoise Mallet-Joris

La nature

La nature absorbe, envahit, enveloppe, étreint ; elle soutient comme une espérance, comme une certitude ; elle émeut, console, sourit et se livre à ceux qui l’aiment. Elle est mystérieuse et visible, toujours vivante, toujours nouvelle ; son silence parle ; ses bruits, ses murmures révèlent l’harmonie. Elle est aussi belle dans sa simplicité que dans ces magnificences ; le dernier des brins d’herbe est rempli de sa beauté.
Henri Dujardin- Beaumetz (Entretiens avec Rodin)