Quand on est sans-abri

Comme s’il y avait une saison pour être SDF, nous on est à la mode en hiver. Mais quand on est sans-abri, la rue, c’est toute l’année. Douze mois sur douze. L’été aussi. Et l’été, c’est presque plus dur. Comme tout ferme, il faut vraiment se débrouiller seul. On est alors obligés d’accomplir ces gestes qui nous enfoncent d’avantage dans notre dèche parce que chaque fois on y laisse un peu de notre dignité : fouiller dans les poubelles, faire la manche.

Lydia Perréal (J’ai vingt ans et je couche dehors)

Une énigme

Ce que j’ai pour vous aujourd’hui, c’est presque rien, un échantillon tombé de la boîte à couture d’un ange. C’est aussi fin qu’une brise qui ride un étang pendant quelques secondes. Difficile de l’attraper. Voilà : il s’agit d’un arc-en-ciel. Du bleu, du jaune, du vert, des couleurs faibles sur le papier de l’air, un dessin convalescent en forme d’arche, de pont. C’est là et ce n’est pas là, vous comprenez ? Quelque chose apparaît et disparaît en même temps. Un soupçon coloré. Une énigme limpide. Toute la vie a forme d’arc-en-ciel, n’est-ce pas : elle est là et en même temps elle n’est pas là.
Christian Bobin

L’art multiple du Plaisir

Je t’apprendrai, si tu me livres ta chair consentante, l’art multiple du Plaisir. Je t’apprendrai la lenteur savante des mains qui prolongent leurs frôlements attardés. Je t’apprendrai la ténacité des lèvres qui s’acharnent délicatement. Tu sauras la toute-puissance des caresses légères.
Renée Vivien